Fablabs et Living Labs : Impacts Concrets sur l’Innovation

Innover avec impact : quels résultats concrets pour les organisations et les territoires ?

Les fablabs et les living labs se sont imposés comme deux dispositifs clés de l’innovation ouverte, en particulier lorsqu’il s’agit d’inventer de nouveaux produits, services ou politiques publiques au plus près des usages réels.

Lorsqu’ils sont bien conçus et animés, ils produisent des résultats tangibles à la fois techniques, économiques, sociaux et organisationnels.

Rappels : ce que sont un fablab et un living lab

Un fablab (fabrication laboratory) est un atelier de fabrication numérique ouvert, équipé de machines comme des imprimantes 3D, découpe laser, fraiseuses CNC, outils d’électronique. Il permet à des individus et des organisations de passer rapidement de l’idée au prototype physique, dans une logique d’expérimentation et de partage des connaissances.

Un living lab (laboratoire vivant) est un dispositif d’innovation où entreprises, chercheurs, collectivités et citoyens co‑conçoivent, testent et évaluent des solutions dans des contextes réels de vie (quartier, hôpital, école, entreprise, territoire agricole, etc.). L’objectif est de développer des produits, services ou politiques mieux alignés sur les besoins et contraintes des utilisateurs finaux.


Les résultats obtenus grâce aux fablabs

Les fablabs produisent d’abord des résultats techniques et pédagogiques très visibles, mais aussi des effets de plus long terme sur la culture d’innovation et les écosystèmes.

1. Prototypage rapide et tangible

  • Production de prototypes fonctionnels d’objets, de pièces techniques ou de dispositifs (santé, éducation, agriculture urbaine, mobilité, etc.).
  • Capacité à itérer rapidement sur la forme, l’ergonomie et les fonctionnalités d’un produit avant un investissement industriel lourd.
  • Possibilité de développer des solutions adaptées à des besoins très locaux, par exemple des outils spécifiques pour agriculteurs urbains ou publics vulnérables.

Exemple : certains fablabs ont vu naître des imprimantes 3D open source ou des systèmes d’irrigation automatisés adaptés aux contraintes des agriculteurs urbains, directement issus des besoins exprimés sur le terrain.

2. Montée en compétences et autonomisation

  • Acquisition de compétences en modélisation 3D, impression 3D, électronique embarquée, programmation, prototypage rapide, etc.
  • Développement de capacités de bricolage créatif et de résolution de problèmes concrets, utiles autant en entreprise que dans des projets citoyens.
  • Diffusion d’une culture du « faire » (do it yourself / do it together) qui renforce l’autonomie des individus et des petites structures face à la technologie.

3. Démocratisation de l’innovation et inclusion

  • Accès à des équipements coûteux pour des TPE, des startups, des étudiants ou des associations qui ne pourraient pas les financer seules.
  • Ouverture de l’innovation à des profils variés : designers, ingénieurs, artistes, bricoleurs, citoyens, jeunes en insertion, etc.
  • Création de communautés apprenantes locales, favorisant entraide, mentorat et projets collectifs.

4. Impacts sur les organisations

Pour une entreprise ou une institution, l’utilisation d’un fablab ou la création d’un fablab interne peut conduire à :

  • Une réduction du temps et du coût de développement de maquettes et prototypes.
  • Une accélération des cycles d’innovation, grâce à l’expérimentation rapide et à la visualisation concrète des idées.
  • Un renforcement des compétences transversales (animation de projets, travail collaboratif, créativité) au sein des équipes.

Les résultats obtenus grâce aux living labs

Les living labs se distinguent par leur capacité à produire des résultats centrés sur les usages, la pertinence sociale et la mise à l’échelle des innovations.

1. Solutions mieux alignées sur les besoins réels

  • Co‑conception de produits, services ou politiques publiques à partir des besoins exprimés (ou latents) des utilisateurs finaux.
  • Prise en compte des dimensions sociales, organisationnelles et environnementales dès le départ, et pas seulement de la technologie.
  • Réduction des risques d’échec à la mise sur le marché ou lors du déploiement d’une réforme, grâce à des tests préalables en conditions réelles.

Exemple : sur le quartier Humanicité à Lille, le living lab permet de co‑élaborer des réponses innovantes aux besoins des habitants (dont des personnes malades ou en situation de handicap) et de tester les prototypes dans la vie quotidienne.

2. Accélération et sécurisation du passage à l’échelle

  • Test des solutions dans des environnements complets (quartiers, fermes, bâtiments, infrastructures 5G, etc.) avant un déploiement large.
  • Collecte de données d’usage et d’impact (économique, social, environnemental) qui servent de preuves pour convaincre partenaires, financeurs et décideurs publics.
  • Amélioration continue par itérations successives, en intégrant en temps réel les retours des usagers et parties prenantes.

3. Appropriation sociale et gouvernance partagée

  • Implication active des citoyens, patients, usagers, collaborateurs, etc., qui deviennent co‑créateurs plutôt que simples « cibles » de l’innovation.
  • Construction d’un sentiment de communauté autour des projets, qui renforce l’adhésion, la confiance et la pérennité des solutions mises en place.
  • Expérimentation de nouvelles formes de gouvernance collaborative entre acteurs publics, privés, associatifs et académiques (logique de quadruple ou quintuple hélice).

Quand fablabs et living labs se combinent : des effets démultipliés

La combinaison de fablabs (capacité de fabrication et d’expérimentation matérielle) et de living labs (capacité de co‑conception et de test en situation réelle) produit des résultats particulièrement riches.

1. Du prototype à l’usage réel, sans rupture

  • Conception et fabrication de prototypes dans le fablab (objets, capteurs, mobiliers urbains, dispositifs pédagogiques, prototypes de produits de santé, etc.).
  • Test et évaluation de ces prototypes dans le living lab, directement au contact des usagers et dans l’environnement cible (quartier, hôpital, ferme, bâtiment).
  • Boucles itératives rapides : retours d’expérience du terrain, modifications techniques au fablab, nouveau test, jusqu’à stabilisation de la solution.

2. Innovation technique ET innovation sociale

  • Les fablabs favorisent une innovation technique accessible et distribuée, en ouvrant la fabrication à des publics variés.
  • Les living labs favorisent une innovation d’usage et sociale, en mettant au centre les pratiques, les modes de vie, les organisations et les politiques publiques.
  • Ensemble, ils permettent de produire des solutions à la fois techniquement robustes, socialement acceptables et mieux intégrées aux écosystèmes locaux.

3. Dynamiques d’écosystèmes et de territoires apprenants

  • Création de véritables communautés d’innovation territoriales, où se rencontrent citoyens, entreprises, chercheurs, collectivités et associations.
  • Décloisonnement entre secteurs (santé, éducation, mobilité, environnement, culture, numérique) et entre tailles d’organisation (grandes entreprises, PME, startups, fablabs citoyens).
  • Renforcement de l’attractivité des territoires engagés, capables d’offrir un cadre concret d’expérimentation aux porteurs de projets et aux investisseurs.

Tableau récapitulatif des résultats : fablab vs living lab

DispositifTypes de résultats principauxExemples de livrables obtenus
FablabPrototypes physiques, montée en compétences techniques, démocratisation de la fabrication numérique. Objets ou pièces fonctionnelles, maquettes, prototypes de produits, démonstrateurs techniques, documentation open source. 
Living labSolutions centrées usages, validation en conditions réelles, données d’impact, appropriation sociale. Services ou produits ajustés aux besoins réels, recommandations de politiques publiques, retours d’expérience structurés, indicateurs d’impact. 
Fablab + Living labChaîne complète de l’idée au test terrain, innovation technique et sociale, écosysteme d’innovation territoriale. Prototypes testés sur le terrain, itérations rapides produit–usage, communautés d’innovation, programmes d’expérimentation multi‑acteurs. 

Comment valoriser ces résultats dans votre organisation

Pour une entreprise, une collectivité ou une structure d’enseignement, l’enjeu est de connecter clairement les activités de fablab et de living lab à des objectifs stratégiques. Quelques pistes :

  • Définir des indicateurs simples : nombre de prototypes, nombre de tests terrain, délais de développement, satisfaction des usagers, impact environnemental, etc.
  • Intégrer fablab et living lab dans les processus d’innovation (funnel, sprints, feuilles de route R&D, programmes d’intrapreneuriat).
  • Formaliser les apprentissages (retours d’expérience, guides, méthodes) pour qu’ils circulent dans toute l’organisation ou le territoire.

Comprendre les métacrises par la pensée systémique

La pensée systémique est une boussole précieuse pour traverser les métacrises, ces crises multiples qui se renforcent mutuellement. Elle permet de sortir du réflexe « pompier » pour redevenir stratège, individuellement et collectivement.

Métacrises : de quoi parle-t-on ?

Le terme de métacrises désigne l’entrelacement de crises écologiques, sociales, économiques, technologiques, démocratiques, géopolitiques, qui ne se contentent pas de coexister mais s’alimentent les unes les autres.

Dans ce contexte, traiter chaque problème comme un « silo » – climat, pouvoir d’achat, santé mentale, polarisation politique, désinformation – revient à soigner les symptômes sans toucher aux dynamiques profondes.

La pensée linéaire, centrée sur une cause unique et une solution rapide, montre ici ses limites.

Ce que change la pensée systémique

La pensée systémique propose de voir le monde comme un ensemble de systèmes interconnectés plutôt que comme une collection de problèmes isolés. Elle invite à observer les relations, les boucles de rétroaction, les effets décalés dans le temps et les conséquences inattendues des décisions. Dans une période de métacrises, cette approche ne garantit pas des réponses simples, mais elle aide à formuler de meilleures questions et à repérer les points d’action à fort effet de levier.

De la causalité simple aux boucles de rétroaction

Dans une logique linéaire, on cherche une chaîne du type « A cause B, donc agissons sur A ». La pensée systémique, elle, met l’accent sur les cycles : des actions qui se renforcent ou se compensent mutuellement, parfois avec un délai, et produisent des dynamiques auto-entretenues. Par exemple, une crise économique peut nourrir la défiance politique, qui affaiblit les institutions, ce qui alimente la difficulté à répondre au défi écologique, renforçant à son tour l’instabilité économique. Comprendre ces boucles ne sert pas seulement à cartographier le chaos, mais à identifier où une intervention ciblée peut transformer la dynamique globale.

Du court terme à la dynamique dans le temps

Les métacrises créent une pression permanente pour « éteindre l’incendie » du moment, ce qui maintient les organisations et les individus dans une vision à très court terme. La pensée systémique oblige à replacer chaque décision dans une dynamique temporelle : quels effets à court, moyen et long terme ? Quelles conséquences indirectes risquent d’annuler les gains immédiats ou de déplacer le problème ailleurs ? Cette extension du regard dans le temps est au cœur d’une capacité de résilience véritable, capable non seulement d’absorber les chocs, mais d’apprendre d’eux.

Cartographier les systèmes pour mieux agir

L’un des gestes clés de la pensée systémique consiste à cartographier un système : acteurs, flux, contraintes, incitations, règles formelles et informelles, narratifs culturels. Cette cartographie, même imparfaite, permet de passer du flou anxiogène à une complexité intelligible. En période de métacrises, elle aide à :

  • repérer les nœuds où de petites actions peuvent produire de grands effets ;
  • distinguer les problèmes « symptômes » des problèmes « structurels » ;
  • comprendre comment soi-même, son organisation, sa profession alimentent malgré eux les dynamiques que l’on subit.

Responsabilité et posture : de spectateur à co-auteur

La pensée systémique n’est pas qu’une méthode intellectuelle, c’est aussi une posture éthique. Elle amène à reconnaître que les systèmes qui produisent les résultats que l’on déplore sont, au moins en partie, co-produits par nos choix, nos habitudes, nos compromis. Cette prise de conscience est exigeante, car elle remet en cause le confort de se considérer comme simple victime des événements. Mais elle est aussi libératrice, puisqu’elle ouvre la possibilité d’ajuster ces choix pour infléchir les trajectoires collectives.

Quelques principes opératoires en période de métacrises

Pour rendre la pensée systémique opérationnelle, plusieurs principes peuvent guider l’action :

  • Penser « relations » avant de penser « solutions » : commencer par clarifier les connexions, les alliances, les antagonismes, les dépendances.
  • Chercher les effets de levier : plutôt que multiplier les micro-actions dispersées, concentrer l’énergie sur les règles, les structures d’incitation et les récits qui organisent le système.
  • Tester, apprendre, ajuster : privilégier des expérimentations réversibles, observées de près, permettant de lire les rétroactions et de corriger la trajectoire.
  • Inclure la pluralité des points de vue : chaque acteur voit un morceau du système ; c’est la confrontation avec d’autres perspectives qui enrichit la compréhension globale.

Pour les éducateurs, leaders et citoyens

En période de métacrises, la pensée systémique devient une compétence civique et professionnelle centrale. Les éducateurs peuvent l’introduire par des cartes de systèmes, des jeux de rôles, des simulations d’effets à long terme. Les décideurs peuvent l’utiliser pour sortir des arbitrages simplistes entre enjeux économiques, sociaux et écologiques, en travaillant plutôt sur les synergies possibles. Les citoyens peuvent s’en emparer pour décrypter les débats publics, repérer les fausses solutions et soutenir des transformations structurantes plutôt que des gestes purement symboliques.

La pensée systémique ne promet ni contrôle total ni certitude, mais une meilleure lucidité au cœur de l’incertitude. En apprenant à voir les systèmes, chacun peut contribuer à faire évoluer les métacrises d’un état subi vers un processus de transformation consciente.

Pour aller plus loin, mon e-book vous donne quelques pistes.

Cartographie causale et boucles de rétroaction

Les diagrammes de boucles causales (Causal Loop Diagrams) représentent les relations de cause à effet entre variables et mettent en évidence les boucles qui renforcent ou stabilisent un système.
Ils sont particulièrement utiles en situation de crise pour identifier les boucles auto-renforçantes (spirales de dégradation) et les boucles de régulation, afin de repérer où une intervention peut casser une dynamique dangereuse ou renforcer une régulation utile.

Modélisation dynamique des systèmes

La modélisation dynamique des systèmes (stocks, flux, délais) permet de simuler le comportement d’un système dans le temps à partir de stocks (réserves), de flux (entrées/sorties) et de règles de transformation.
En contexte de crise (politique, écologique, économique), ces modèles offrent la possibilité de tester des scénarios, d’anticiper des effets différés et de voir comment des rétroactions peuvent amplifier ou atténuer un choc.

Leviers d’action selon Donella Meadows

Donella Meadows propose une typologie de « points de levier » dans un système, des plus superficiels (ajuster des paramètres) aux plus profonds (changer les objectifs, les paradigmes et les récits).
Cette grille aide à ne pas se limiter à des réponses de surface en crise, en orientant l’analyse vers les structures d’information, les règles du jeu et les finalités qui génèrent les comportements problématiques.

Cartographie des parties prenantes et de la gouvernance

La cartographie systémique intègre aussi la cartographie des parties prenantes et des relations entre systèmes sociaux (économique, politique, associatif, etc.).
Elle permet de visualiser les interdépendances, les asymétries de pouvoir et les contraintes qui limitent l’autonomie des acteurs, ce qui est crucial pour comprendre pourquoi certains systèmes politiques ou organisations peinent à répondre aux crises.

Approche systémique des organisations et cybernétique

Dans les organisations, l’approche systémique et la cybernétique s’appuient sur des outils comme les boucles de rétroaction, les indicateurs de régulation et les mécanismes de contrôle pour analyser la stabilité ou l’instabilité d’un système.
Cette approche permet, en période de crise, de repérer les signaux qui montrent une perte de régulation (explosion de délais, conflits, surcharges) et de redessiner les circuits d’information et de décision pour restaurer la capacité d’adaptation.

Si tu veux, une prochaine étape peut être de prendre un de tes systèmes (une organisation éducative, un dispositif pédagogique, un écosystème d’acteurs autour des métacrises) et de le traduire ensemble en carte de boucles causales pas à pas.

Voici plusieurs exemples concrets qui montrent comment la pensée systémique aide à agir dans un contexte de métacrises, en particulier là où s’entremêlent enjeux climatiques, sociaux, économiques et psychiques.

Climat : relier physique, social et éthique

Dans l’éducation au climat, certains dispositifs forment les enseignants à relier phénomènes physiques (CO₂, fonte des glaces, acidification des océans), impacts sur les écosystèmes, inégalités sociales et questions de justice climatique dans une même carte de système.
Concrètement, les futurs enseignants apprennent à passer de « plus de CO₂ = plus chaud » à une vision où politiques énergétiques, modèles de consommation, vulnérabilités sociales et choix éthiques sont articulés pour concevoir des scénarios d’action à long terme.

Politiques publiques : voir l’écosystème plutôt que le service

En gestion publique, l’adoption d’une posture systémique amène certains gestionnaires à considérer l’administration, les citoyens, les associations et les entreprises comme un système de gouvernance dynamique plutôt que comme des blocs séparés.
Cela conduit par exemple à co-concevoir des politiques avec les communautés, à ajuster les mécanismes de participation citoyenne et à modifier les règles internes pour aligner la structure de décision sur les objectifs de développement social, plutôt que d’optimiser seulement un service isolé.

Leadership en métacrises : boucles de rétroaction et limites planétaires

Des programmes de développement du leadership « en métacrise » proposent de former les dirigeant·es à repérer les boucles de rétroaction entre crises écologiques, économiques et sociales (ex. instabilité climatique → tensions sur les ressources → conflits → fragilisation des institutions).
Ces dispositifs combinent étude des limites planétaires, cartographie des interdépendances écologiques et identification de schémas récurrents dans le temps pour orienter des décisions plus adaptatives et éthiques, plutôt que des réponses purement réactives.

Éco-anxiété : transformer l’angoisse en action systémique

Sur le terrain de la santé mentale, certains programmes utilisent la pensée systémique pour transformer l’éco-anxiété en « éco-ambition ».
Les participants y apprennent à identifier des « points d’appui » dans les systèmes (urbanisme, énergie locale, alimentation, plaidoyer) où de petites actions coordonnées (initiative citoyenne, réforme locale, changement d’habitudes) peuvent avoir un effet disproportionné, ce qui redonne du pouvoir d’agir et atténue l’anxiété.

Organisations et territoires : évaluer autrement les politiques

Dans l’évaluation des politiques publiques (par exemple dans des métropoles et départements français), l’approche systémique sert à analyser non seulement les résultats d’un dispositif, mais aussi ses effets indirects sur d’autres politiques (logement, mobilité, cohésion sociale, environnement).
Cette lecture transversale permet d’ajuster les programmes pour réduire les effets pervers (déplacement de problèmes vers d’autres secteurs) et renforcer les synergies, ce qui est crucial quand les crises économiques, sociales et écologiques se nourrissent mutuellement.

Usages transversaux en contexte de métacrises

Plus largement, la pensée systémique est mobilisée pour : relier durabilité environnementale et modèles économiques, repenser les stratégies d’entreprise dans des marchés instables, et concevoir des pédagogies qui mettent les élèves face à des problèmes complexes plutôt qu’à des exercices isolés.
Dans la santé, elle permet d’intégrer dimensions biologiques, psychologiques, sociales et environnementales des maladies chroniques, ce qui est essentiel quand les crises écologiques et sociales aggravent les vulnérabilités sanitaires.

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Comprendre l’objet-frontière pour une collaboration efficace

Un concept clé pour comprendre la collaboration, l’innovation et la gouvernance du savoir


Dans un monde de plus en plus fragmenté, où experts, amateurs, décideurs, chercheurs et citoyens doivent constamment collaborer malgré leurs logiques divergentes, comment parvient-on à se comprendre ?
Comment des groupes aux cultures, langages et objectifs différents peuvent-ils co-construire un projet commun sans renoncer à leur identité ?

La réponse, en partie, réside dans un concept puissant né dans les coulisses d’un musée d’histoire naturelle : l’objet-frontière (boundary object), introduit en 1989 par Susan L. Star et James R. Griesemer dans leur article fondateur « Institutional Ecology, « Translations », and Boundary Objects: Amateurs and Professionals in Berkeley’s Museum of Vertebrate Zoology ».


Qu’est-ce qu’un objet-frontière ?

À l’origine, l’objet-frontière désigne un artefact — concret ou abstrait — capable de circuler entre des mondes sociaux hétérogènes tout en conservant une identité suffisamment stable pour être reconnu, tout en restant suffisamment flexible pour être interprété différemment selon les contextes.

Star et Griesemer l’ont observé dans un musée californien où chercheurs, administrateurs, bénévoles, fondations et politiciens ont collaboré pendant des décennies pour créer une collection scientifique, malgré leurs désaccords fonciers sur les priorités, les classifications ou les méthodes.

Leur découverte ?
La coopération durable ne repose pas sur un consensus absolu, mais sur des objets communs — carnets de terrain, cartes, spécimens naturalisés, répertoires — qui servent de points d’ancrage partagés, tout en permettant à chaque groupe de poursuivre ses propres objectifs.

« Un objet-frontière est à la fois assez robuste pour maintenir une identité commune et assez souple pour s’adapter aux besoins locaux. »
— Susan L. Star


Les quatre formes de l’objet-frontière (selon Étienne Wenger)

Le concept a été enrichi par Étienne Wenger, qui en propose une lecture en quatre dimensions :

  1. Abstraction : l’objet simplifie la réalité pour permettre le dialogue entre spécialistes et non-spécialistes.
  2. Polyvalence : il peut être utilisé de multiples façons par différents groupes.
  3. Modularité : ses composantes peuvent être réutilisées ou adaptées indépendamment.
  4. Standardisation : il incorpore des conventions communes (formats, taxonomies, protocoles) qui rendent l’information interprétable.

Prenons l’exemple d’un plan de site web :

  • Le designer y voit une maquette esthétique,
  • Le développeur une structure technique,
  • Le client un reflet de sa marque.
    Pourtant, tous parlent du même document. C’est un objet-frontière.

Pourquoi ce concept est-il si puissant ?

Parce qu’il refuse la vision hiérarchique de la connaissance.
Contrairement à la Théorie de l’acteur-réseau (ANT) de Latour, où un acteur central (le scientifique, l’innovateur) enrôle les autres autour d’un « point de passage obligé », Star et Griesemer proposent une écologie de la coordination :

  • Pas de domination,
  • Pas d’unique traducteur,
  • Mais une multiplicité de traductions qui coexistent.

L’objet-frontière devient alors un médiateur, un espace de négociation, un lieu de compromis vivant — pas une solution imposée, mais un terrain d’entente en perpétuelle construction.


Où retrouve-t-on des objets-frontières aujourd’hui ?

Le concept a traversé les disciplines et irrigué des domaines aussi variés que :

🔬 La recherche scientifique

  • Une carte écologique qui permet à des biologistes, des géographes et des décideurs locaux de discuter d’un territoire menacé.
  • Un protocole standardisé de prélèvement, utilisé à la fois par des chercheurs universitaires et des citoyens-scientifiques.

🏭 L’innovation et la conception

  • Un schéma technique partagé entre ingénieurs, designers et clients.
  • Un modèle 3D dans un projet de conception assistée par ordinateur (CAO), interprété différemment selon les métiers.

🏢 Le management des connaissances

  • Un tableau de bord qui synthétise des données pour des directions financières, marketing et RH.
  • Un ERP (progiciel de gestion intégré), qui force à la standardisation tout en laissant place à des usages locaux.

🌍 La gouvernance et la participation citoyenne

  • Une carte interactive sur les effets du changement climatique, utilisée par des scientifiques, des journalistes et des collectifs militants.
  • Un récit d’entreprise qui sert de base à l’identité organisationnelle, tout en étant réinterprété par chaque service.

L’objet-frontière comme infrastructure invisible

Ce qui rend le concept encore plus profond, c’est que l’objet-frontière n’existe jamais seul.
Il s’appuie sur une infrastructure invisible : normes, formats, classifications, conventions techniques.
Et cette infrastructure, une fois stabilisée, devient performative : elle façonne les actions, les décisions, parfois même les réalités.

Par exemple :

  • Une classification médicale (comme le CIM-10) ne décrit pas seulement des maladies — elle les crée, en les rendant visibles, finançables, traçables.
  • Une norme ISO ne régule pas seulement des processus — elle structure des organisations entières.

Susan Star insiste sur ce point :

« L’infrastructure ne part pas de rien. Elle se bat avec l’inertie de ce qui existe déjà. »


De l’objet-frontière à l’organisation-frontière

Le concept s’est étendu au-delà des artefacts.
On parle désormais de boundary spanning individuals (individus-relais), de boundary organizations (organisations-frontières), voire de boundary work (travail de frontière) — autant de figures qui négocient entre mondes.

Par exemple :

  • Un chef de projet qui traduit entre la technique et le business,
  • Une ONG qui articule science et action publique,
  • Un modérateur de communauté qui fait le lien entre développeurs et utilisateurs.

Pourquoi ce concept nous concerne tous aujourd’hui ?

Parce que nous vivons dans un monde de frontières :

  • Entre disciplines,
  • Entre secteurs (public/privé/citoyen),
  • Entre expertises et savoirs vernaculaires,
  • Entre numérique et physique.

Et pour avancer, nous avons besoin d’objets qui tiennent le lien — pas des outils neutres, mais des alliés relationnels, capables de transporter du sens sans le trahir.

Dans une ère marquée par la complexité, la fragmentation et la méfiance, l’objet-frontière est une boussole.
Il nous rappelle que la collaboration ne passe pas par l’uniformisation, mais par la reconnaissance de la diversité — à condition d’avoir des points d’appui communs.


Et si votre prochain projet avait besoin d’un objet-frontière ?

Posez-vous ces questions :

  • Quel artefact pourrait servir de terrain d’entente entre les parties prenantes ?
  • Quelle représentation (carte, modèle, document, outil) permettrait à chacun d’y voir son intérêt, sans trahir sa logique propre ?
  • Quelles conventions invisibles soutiennent déjà cette collaboration ?

Car ce n’est pas la convergence des idées qui crée la coopération,
mais la circulation d’objets qui portent à la fois unité et diversité.


En résumé :
L’objet-frontière, né dans un musée, est devenu un outil fondamental pour penser la coordination, l’innovation et la gouvernance collaborative.
Il nous invite à concevoir les outils non pas comme des solutions techniques, mais comme des médiateurs sociaux, capables de tisser du sens entre mondes hétérogènes.

« Ce ne sont pas les gens qui doivent s’adapter aux systèmes. Ce sont les systèmes qui doivent permettre aux gens de coexister. »
— Susan L. Star

Pour aller plus loin sur les objets frontières :

Living Labs et Objets Frontières : Un Duo Gagnant

Dans l’environnement de recherche dynamique d’aujourd’hui, notamment en ce qui concerne les ateliers interactifs et les Living Labs, la notion d’« objets frontières » joue un rôle de plus en plus crucial.

Il s’agit d’un concept qui peut sembler académique à première vue, mais dont l’application pratique est profonde. Cet article de blog explore ce que sont les objets frontières et comment ils facilitent la collaboration et l’innovation dans ces espaces.

Objets frontières : des catalyseurs pour la collaboration

Que sont les objets frontières ?

Le concept d’objets frontières a été introduit pour la première fois par la sociologue des sciences Susan Leigh Star. Essentiellement, un objet frontière est quelque chose qui est à la fois assez robuste pour maintenir son identité à travers différents mondes sociaux et suffisamment malléable pour être adaptable aux besoins locaux de chacun. En d’autres termes, ce sont des artefacts qui peuvent être interprétés différemment par divers groupes, tout en conservant une signification ou une structure centrale qui permet la communication et la coordination entre ces groupes.

Pensez-y comme à un langage commun ou un point de référence partagé qui transcende les jargons spécifiques à une discipline, les hypothèses et les objectifs. Il peut s’agir de :

  • Représentations visuelles : cartes, diagrammes, prototypes, modèles 3D.
  • Documents : rapports, plans de projet, fiches techniques.
  • Objets physiques : maquettes, outils, spécimens.
  • Systèmes numériques : tableaux de bord, bases de données, plateformes logicielles.

Pourquoi sont-ils si importants dans les ateliers interactifs ?

Les ateliers interactifs, par leur nature même, réunissent des personnes issues de diverses disciplines, avec des expertises variées et des perspectives différentes. Qu’il s’agisse de concepteurs, d’ingénieurs, de scientifiques, d’utilisateurs finaux ou de décideurs, chacun arrive avec son propre « monde » de compréhension. Sans un mécanisme pour combler ces lacunes, la communication peut s’enliser dans des malentendus ou des impasses.

C’est là que les objets frontières brillent :

  • Faciliter la compréhension mutuelle : Un prototype physique, par exemple, permet à un ingénieur de discuter de sa faisabilité technique, à un concepteur d’évaluer son ergonomie, et à un utilisateur potentiel de visualiser son application, le tout à partir du même point de référence.
  • Ancrer la discussion : Au lieu de débats abstraits, les objets frontières offrent un point d’ancrage concret. Ils aident à concentrer la conversation, à identifier les points d’accord et de désaccord, et à faire avancer le travail.
  • Favoriser la co-création : Les objets frontières sont souvent des outils que les participants peuvent manipuler, modifier ou annoter ensemble, favorisant ainsi un sentiment de propriété et de co-création.
  • Documenter le processus : Ils servent également de documentation vivante du processus de collaboration, enregistrant l’évolution des idées et des décisions.

Le rôle des objets frontières dans les Living Labs

Les Living Labs sont des environnements de recherche et d’innovation réels, où les utilisateurs finaux sont impliqués dans tout le cycle d’innovation, de la co-création à l’expérimentation et à l’évaluation. La complexité des Living Labs réside dans la multiplicité des acteurs (entreprises, universités, organismes publics, citoyens) et la nature évolutive des problèmes abordés.

Dans ce contexte, les objets frontières deviennent encore plus critiques :

  • Naviguer la complexité et l’incertitude : Les Living Labs opèrent souvent dans des situations floues et complexes. Un objet frontière, comme une carte de flux de services ou un scénario d’utilisation, peut aider à visualiser les interdépendances et à gérer l’incertitude.
  • Construire des ponts entre la recherche et la pratique : Ils permettent aux chercheurs de traduire leurs découvertes en quelque chose de compréhensible et d’utilisable par les praticiens, et aux praticiens de communiquer leurs besoins et leurs observations aux chercheurs.
  • Engager les utilisateurs : En Living Labs, les objets frontières peuvent être des outils d’engagement puissants. Des maquettes interactives ou des prototypes à petite échelle peuvent permettre aux utilisateurs finaux de tester, de commenter et de façonner activement les solutions.
  • Soutenir l’expérimentation itérative : Les objets frontières sont parfaits pour les cycles d’expérimentation rapides et itératifs. Un prototype peut être rapidement modifié en fonction des retours d’expérience, puis testé à nouveau, alimentant ainsi un processus d’amélioration continue.

Mettre en œuvre les objets frontières dans votre pratique

Pour tirer parti de la puissance des objets frontières dans vos ateliers et Living Labs, considérez les points suivants :

  • Identifiez les lacunes de communication : Où les différents groupes ont-ils du mal à se comprendre ? C’est là qu’un objet frontière pourrait être le plus utile.
  • Concevez l’objet frontière avec soin : Il doit être suffisamment flexible pour différentes interprétations, mais assez stable pour maintenir sa signification centrale.
  • Encouragez l’interaction : Les objets frontières ne sont pas statiques ; ils sont destinés à être manipulés, discutés et modifiés.
  • Soyez conscient de leurs limites : Si les objets frontières sont de puissants facilitateurs, ils ne remplacent pas une communication claire et une confiance mutuelle.

En conclusion, les objets frontières sont des outils indispensables pour naviguer dans la complexité de la collaboration multidisciplinaire. En les utilisant stratégiquement dans les ateliers interactifs et les Living Labs, nous pouvons non seulement améliorer la communication, mais aussi stimuler une innovation plus significative et plus pertinente. C’est en reconnaissant et en exploitant le pouvoir de ces artefacts partagés que nous pouvons véritablement construire des ponts entre les idées, les personnes et les mondes.

Pour aller plus loin :

Les objets frontières : catalyseurs de l’innovation collaborative

Dans un monde où l’innovation collaborative devient une nécessité, je vous invite à explorer une approche fascinante dans son ouvrage unique : le rôle des objets frontières.

Ces artefacts, qu’ils soient concrets ou symboliques, ont le pouvoir de connecter des mondes différents, de faciliter la collaboration et de donner vie à des idées au sein des Living Labs.

Voici pourquoi ce livre est un incontournable pour quiconque souhaite repenser ses pratiques de co-création et de codesign.

Pourquoi ce livre est-il utile ?

Collaborer pour innover n’est pas une mince affaire. Entre visions divergentes, langages variés et objectifs parfois flous, les projets collaboratifs peuvent vite devenir complexes.

Ce guide pratique et inspirant propose une solution : les objets frontières, des outils capables de structurer, clarifier et dynamiser les démarches de co-création.

Que vous soyez facilitateur, chercheur, designer, élu ou citoyen engagé, ce livre vous équipe pour transformer vos pratiques et maximiser l’impact de vos collaborations.

Ce que vous allez découvrir dans cet ouvrage est bien plus qu’un simple manuel : c’est une véritable boîte à outils pour les acteurs de l’innovation.

Voici un aperçu de ce qui vous attend :

  • 100 objets frontières : Classés par phase du processus d’innovation (vision, prototypage, évaluation, engagement), ces artefacts sont des leviers pour structurer et enrichir vos projets.
  • Exemples concrets : Des outils visuels, cartes, prototypes, rituels d’animation et méthodes d’expérimentation, tous issus de pratiques réelles en Living Labs. Comme celui-ci.
  • Conseils pratiques : Des techniques d’animation éprouvées, accompagnées de questions puissantes pour stimuler le dialogue et approfondir la compréhension mutuelle.
  • Approche inspirante : Une méthodologie nourrie par des années d’expérience terrain, à la croisée de la théorie et de la pratique.

À qui s’adresse ce livre ? Ce livre-outil s’adresse à un large public, notamment :

  • Animateurs de communautés d’innovation cherchant à dynamiser leurs ateliers.
  • Designers de politiques publiques ou de services souhaitant intégrer des méthodes collaboratives.
  • Acteurs de l’innovation sociale, durable ou technologique en quête d’outils pour fédérer des équipes pluridisciplinaires.
  • Formateurs, enseignants et chercheurs en co-construction, désireux d’enrichir leurs approches pédagogiques.

Un livre, trois dimensions. Ce livre se distingue par sa polyvalence. Il est à la fois :

  • Un livre-outil : Pratique, il propose des solutions directement applicables pour structurer vos démarches.
  • Un livre-miroir : Il invite à réfléchir sur vos pratiques et à identifier les leviers d’amélioration.
  • Un livre-passerelle : Il crée des ponts entre disciplines, cultures et perspectives pour une collaboration fluide et créative.

Pour faciliter son utilisation, le livre inclut :

  • Une table des matières interactive pour naviguer facilement entre les sections.
  • Des fiches de synthèse prêtes à l’emploi pour appliquer les concepts dans vos projets.

Prêt à transformer vos espaces de co-création ?

Avec cet ouvrage, Yves Zieba vous donne les clés pour donner forme à l’invisible et faire dialoguer les mondes.

Que vous souhaitiez activer la créativité collective, clarifier des idées complexes ou engager des parties prenantes variées, ce livre sera votre allié.

Commandez dès maintenant.

Comparaison des méthodes d’innovation : Retour d’expérience

Innover, c’est souvent un réflexe de survie pour les entreprises.

Un produit qui ne se vend pas comme prévu, il faut innover pour en créer un autre.

Un processus qui n’est pas efficace ou qui prend trop de temps, il faut trouver une meilleure façon de parvenir au même résultat.

Un client pas satisfait, on doit regarder comment améliorer son expérience.

Sans innovation, bye bye les revenus futurs de l’entreprise, car la compétition ne dort pas.

Bref, innover, c’est le nerf de la guerre économique.

Pour y parvenir, avec l’expérience, j’ai pratiqué avec mes clients plusieurs méthodes (effectuation, design thinking, pensée systémique, intelligence collective, design fiction…).

Quel retour d’expérience à ce jour ?

Quelle est finalement la meilleure méthode ?

Comment choisir la bonne méthode selon le contexte du client (tel qu’elle ou il l’exprime) ?

Choisir la méthode d’innovation la plus appropriée dépend de plusieurs facteurs.

Voici quelques critères à considérer :

1. Objectifs du projet

  • Nature du problème : S’agit-il d’un problème complexe ou d’un défi bien défini ?
  • Type de solution recherchée : Recherchez-vous une solution technique, sociale, ou organisationnelle ?

2. Contexte et environnement

  • Culture d’entreprise : Certaines méthodes sont mieux adaptées à des ambiances collaboratives (ex. : design thinking).
  • Ressources disponibles : Temps, budget et compétences de l’équipe peuvent influencer le choix.

3. Implication des utilisateurs

  • Degré d’engagement des utilisateurs : Si l’implication des utilisateurs est primordiale, le human-centered design ou le design thinking sont des choix judicieux.
  • Tests et itérations : Si vous avez besoin de prototypes rapides, le design sprint peut être efficace.

4. Complexité et incertitude

  • Cas d’incertitude : Pour des environnements incertains, l’effectuation peut aider à naviguer à travers le flou.
  • Pensée systémique : Si vous devez comprendre des systèmes complexes et leurs interactions, cette approche est particulièrement utile.

5. Innovation radicale vs. incrémentale

  • Innovation radicale : Des méthodes comme le design fiction peuvent être utilisées pour explorer des idées futuristes.
  • Innovation incrémentale : Le design thinking ou le human-centered design sont souvent plus adaptés pour des améliorations progressives.

6. Durée et intensité du processus

  • Projets à court terme : Des méthodes comme le design sprint sont conçues pour produire des résultats rapides.
  • Projets à long terme : Approches plus approfondies comme la pensée systémique peuvent nécessiter un engagement plus long.

Conclusion

En résumé, il est crucial de bien définir le contexte, les objectifs et les ressources avant de choisir une méthode d’innovation. Parfois, une combinaison de plusieurs méthodes peut également être la solution la plus efficace.

Et vous, comment abordez-vous le challenge de l’innovation dans votre organisation ?

Collaborer, mythe ou réalité ?

Peut on collaborer sur tout ? Oui, on peut collaborer sur tout, mais pas avec n’importe qui (clin d’oeil évidemment à Coluche, on a les références qu’on peut).

De pair à pair ? Ok, mais pas avec toi !

Tout le monde parle de l’économie collaborative au niveau « macro », c’est certain, cela va être un carton, oui mais personne ne nous a vraiment bien expliqué comment collaborer au niveau « micro ».

A l’heure où l’on voit bien que nous allons devoir collaborer de plus en plus plutôt que d’entrer en compétition systématique, où l’on se rend compte que les modèles économiques qui reposaient sur une asymétrie de l’information, ou un accès privilégié aux ressources naturelles, doivent se réinventer, et où intelligence artificielle, blockchain, automatisme et objets connectés prennent une place grandissante dans notre vie, comment faire pour bien s’entourer ? Avec qui allons-nous être compatible, complémentaire et avec qui allons nous avoir envie et plaisir à collaborer ?

Qui es-tu bel(le) inconnu(e) ? Es-tu compatible et complémentaire avec moi ?

Jusqu’à présent, il était clairement établi que l’on ne choisissait pas les personnes avec qui on travaille, ni son chef, ni ses collègues, ni ses clients. Il faut faire avec. Mais, cela, c’était avant !

Désormais, nous tendons vers une société où nous serons toutes et tous, à la fois plus indépendants, plus résilients, mais vraisemblablement moins fidèles à nos employeurs, car moins fidélisés.

Dès lors, trouver les bons associés, les bons amis, les bons partenaires devient encore plus important.

Comment faire pour trouver les bons et les garder ?

Comment les chercher, comment les trouver, comment se mettre d’accord et comment durer ensemble pour former une belle équipe d’associés.

Vaste question, large débat.

Les modèles d’association et autre pacte d’actionnaire existent depuis bien longtemps, mais ce n’est pas de cela dont il s’agit.

Pour que l’économie soit collaborative, il faut trouver les bonnes personnes avec qui on peut collaborer.

Ce n’est pas uniquement une question de proximité. Ce n’est pas uniquement la fréquentation d’un même lieu qui va tout faire et qui va permettre la collaboration. Les lieux, aussi agréables soient-ils, ont par ailleurs aussi des hauts et des bas, voir ce qui arrive à WeWork. Nous pensions qu’ils allaient manger tout cru tous les espaces sympas de coworking, il y a quelques mois, et les voilà en difficulté.

Alors les réseaux sociaux peut-être? Le monde virtuel créateur de lien. Et bien, non. N’importe qui contacte n’importe qui d’autre pour tout un tas de mauvaise raisons, notamment pour leur vendre ce qu’ils n’ont pas vraiment demandé. Il suffit de payer un peu pour pouvoir envoyer un message direct à quasiment n’importe quelle personne cible dans LinkedIN. Sans présentation, sans intermédiaire, sans briser la glace, sans même devoir prendre un café !!!

C’est sans doute beaucoup plus subtile que cela. Trouver les bonnes personnes (de préférence) avant de s’associer, c’est en fait un travail de longue aleine. C’est de plus en plus complexe et multi-dimensions et c’est précisemment pour cela que cela devient intéressant.

Etre 100% nomade et sans attache alors ? Et bien, non plus. Voir les mésaventures de The Shared Brain, uberisateur uberisé ? pourtant super prometteur à leurs débuts.

Il doit bien y a quelques pistes intéressantes pour ne pas se tromper. Je pense notamment à The Slicing Pie pour proposer une méthode fair et équitable pour s’associer.

Ah oui, en plus de trouver les bonnes personnes, il faut aussi que le modèle collaboratif (contribution & rétribution) soit équitable, sinon, personne n’a envie d’être le dindon de la farce. Ensuite il faut se mettre d’accord sur les rôles, les responsabilités. Après cela ne fonctionne quasiment jamais comme prévu…

Bref, tout cela pour dire que je n’ai pas encore trouvé la solution. En design thinking, j’ai appris que ce n’est pas grave, et que l’essentiel, c’est de passer plus de temps dans la phase d’empathie. Finalement, cette phase d’empathie est plutôt agréable, voire carrément très agréable.

On rencontre des personnes toutes plus intéressantes les unes que les autres. C’est en tout cas ce qui m’arrive en 2019, et c’est super agréable !

Notamment en cette période de rentrée avec notamment notre petit groupe de réflection sur les communautés d’intérêt, et de valeurs, la mise en place de la SBA Suisse, l’organisation du Global Goals Jam à Genève, le déplacement à Thessalonique pour les Open Living Lab Days, l’initiative Isynnov, le Living Lab de Mobilité Douce SnailMobLab, le hackaton, le défilé de mode éthique et responsable, la célébration du bicentenaire de l’ESCP à Genève, et tous nos petits groupes de travail secrets. Bref, un belle liste d’expériences magnifiques et de rencontres inspirantes. Pourvu que cela dure !

Et si le bon modèle, c’était chacun chez soi et on se rencontre quand on en a besoin ?

Tous indépendants ? tous autonomes ? tous interdépendants ? C’est probablement ce vers quoi nous nous dirigeons dans notre merveilleux monde des MeetUps, des start-ups, des scale-ups et des entrepreneurs (« wannabe », « dontwannabe » et « nottoosureyet » entrepreneurs).

Des associations de petits groupes à géométrie variable, le temps d’un projet qui se passe bien. Sans doute pas plus. Nous nous dirigerions donc vraisemblablement vers de nouvelles formes de collaboration. Finies les réunions inutiles et interminables (tant mieux), et découvrons ces milles endroits où nous allons réinventer le monde !

Une mauvaise expérience ? Arrêtons tout de suite et plus jamais cela.

Un ego surdimensionné, un mauvais payeur, un incompétent ? Aujourd’hui cela se sait très vite. Savoir qui éviter, c’est devenu aussi très important.

Evidemment que lorsque l’on croise quelqu’un et que cela se passe mal, on a désormais beaucoup plus de latitude pour ne plus jamais perdre de temps avec cette personne. (évidemment cela ne vaut que si ce n’est pas votre chef ou votre client principal), mais disons à minimum que nous pouvons chercher plus facilement des alternatives.

Une bonne expérience ? Cela donne envie de recommencer et d’aller plus loin dans la collaboration.

Alors que retenir de tout cela ? Faisons quelques hypothèses prospectives.

  • Peut-être que les nouvelles formes de gouvernance, plus horizontales, moins centralisées, plus participatives, plus simples, vont elles-aussi se développer et trouver leurs places. A condition que cela n’empêche pas d’avancer. N’a t-on pas trop entendu l’adage : « Tout seul, on va plus vite, ensemble on va plus loin. » Peut-être mais cela dépend aussi avec qui ? Aucune envie d’aller plus loin plus longtemps avec des personnes qui ne sont même pas drôles !!! C’est un peu comme choisir avec qui on va passer nos prochaines vacances. Vaut mieux bien s’entendre.
  • Peut-être que les communautés de valeur et d’intérêt vont se faire et se défaire plus rapidement, au fur et à mesure que l’on clarifie les visions que l’on croyait partagées, et que l’on explicite les divergences émergentes.
  • Peut-être aussi que les espaces d’innovation vont se remplir et se vider encore plus rapidement que ce que nous pensions.

Avant, nous travaillons pour un employeur toute sa vie, et on travaillait avec les mêmes collègues toute sa vie. Il fallait faire avec les bons et les moins bons ! Je ne sais pas si c’était la panacée, mais c’était en tout cas relativement stable et prévisible. Nous avions le temps de les évaluer, de es apprivoiser, de créer la relation de confiance et de trouver nos affinités dans le temps long.

Aujourd’hui, et sans doute encore plus demain, nous devons nous préparer à collaborer avec beaucoup plus de personnes différentes dans des temps beaucoup plus courts.

Alors comment choisir, comment filtrer, comment sélectionner ?

Les hard-skills ? CEO/CFO/CTO… ? Mouais. C’est bien mais cela ne suffit pas pour constituer une équipe de rock-stars. Cela implique que nous devons déveloper nos aptitudes de flexibilité et notre capacité à accorder sa confiance et à tolérer l’autre beaucoup plus vite, voire instantanément et a priori.

Là encore, pas certain que nous y soyons toutes et tous bien préparés.

Existe-t-il des canaux, des formations, des livres pour ne pas se tromper, pour faire les bons choix ? Plus important que du recrutement, plus important que de la prospection commerciale. Comment trouver l’oiseau rare, en qui avoir confiance ?

Et toi, quel est ton pipeline d’associés potentiels ?

Si choisir ses associés, c’est au moins aussi important que trouver son prochain client, comment mettre en place une veille active pour faire appel aux bonnes personnes au bon moment ?

Je rêve de trouver celles et ceux qui me font avancer, qui me font aller plus loin, et que je peux aider et soutenir. Et vous, comment vous y arrivez comment ? 🙂

Bratislava, initier une collaboration européenne autour des objets connectés

Nous nous étions donné rendez-vous à Bratislava en plein mois de Juillet, pour échanger entre écosystèmes des « objets connectés », IOT, thème choisi pour initier une série de conférences pour mettre en place des collaborations concrêtes entre la Slovaquie, actuelle présidente de l’Union Européenne, les pays du V4 (Slovaquie + République Tchèque, Pologne et Hongrie) et leurs partenaires européens, notamment la France et la Suisse.

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En plein Euro de football, et en plein Brexit, c’était passionnant de voir comment la Slovaquie et les pays de V4 voient les choses.

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Le rendez vous avait été particulièrement bien préparé avec notamment le soutien de l’institut français, de la chambre de commerce franco-slovaque, de l’ambassade et du label French Tech, venu soutenir les meilleurs startups françaises, et participer à un des premiers évènements phares de la présidence slovaque au sein de l’Union Européenne.

Discours du président slovaque, et des officiels CCI, SBA… 

Après un mot de bienvenu du Président, nous avons pu assister à des tables rondes, des pitchs de start-ups, échanger sur des stands, et participer à des séances de speed-networking avec des partenaires triés sur le volet.

Les tables rondes thématiques

Du beau monde de passage sur les stands

Il fallait se frayer un chemin entre les différents acteurs de l’industrie IOT.

Entrepreneur, startup, fablab, living labs, hackerspace, coworking spaces, universités, faculté, centre de recherche, techno transfert, knowledge transfert, ambassadeur, ministres, chambre de commerce, promotion économique, Business France, French Tech, Institut Français, investisseurs, gros industriels (Orange, Dassault…).

L’écosystème francophone venu en force.

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De gauche à droite, des représentants de NUMA; de la IOT Valley de Toulouse (et moi!), parmi les écosystèmes de Paris, de Bordeaux, de Normandie, de Corse, d’Auvergne Rhône-Alpes et de la Suisse Romande, étaient venus pitcher les meilleurs projets IOT de France, soutenus par la French Tech et venus aussi découvrir les projets émergents des startups émergentes venus des pays V4.

Les pitchs: 3 minutes pour séduire.

Les pitchs et les keynotes se sont succédés pour rythmer la journée. Virtual Realité, réalité augmentée, caméra 360 immersive, application de dating géolocalisé, objets connectés, des tonnes de capteurs, des displays digitaux pour afficher les statistiques de réseaux sociaux, des smart bots, de l’intelligence artificielle, des robots, des solutions de valorisation des déchets, du smart home, du smart city, des smart objects, des SOO… il n’y avait que du smart !

Parmi les keynotes, celle d’Hyperloop n’est pas passé inaperçu. Dans quelques années, Bratislava devrait être relié à Vienne par une capsule allant à la vitesse du son, mettant ainsi les deux capitales, à 9 minutes l’une de l’autre au lieu d’une heure. Cela laisse rêveur, vivement que nous ayons cela entre Genève, Lausanne, Lyon, Milan, Turin et Zurich !!!

Intéressant aussi de découvrir que cette nouvelle folie visionnaire d’Elon Musk, devrait utiliser des technologies provenant de nos amis et voisins du CERN.

Histoire de bien ringardiser les transports en train actuels, Bebop Gresta, nous a rappelé que l’écart des rails, suit la logique de la largeur de l’arrière train de deux chevaux du temps de l’Empire Romain. Et que cela n’a pas changé depuis !

Toujours difficile (et un peu stressant!) de passer en pitch de 3 minutes, juste après un orateur tel que Bebop  Gresta, alias « le cowboy », un habitué des studios de CNN, qui semblait tout droit sorti de la série « Silicon Valley ». Bebop nous a présenté le projet Hyperloop, et souhaitait aussi attirer les talents vers le projet. Questionné sur « pourquoi il avait laissé pousser sa barbe, il nous a aussi révélé qu’il ne contrôlait plus l’aspect visuel de sa barbe, et que son look était depuis longtemps entre les mains de conseiller en image ». Comme quoi, la mode, le style, le look, et les technologies disruptives, ne sont deux mondes si éloignés que cela.

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Le pitch de notre projet IOT, le Smart Lab, s’est très bien passé (2:57 min pour être précis! j’avais laissé 3 secondes pour les questions du public ;-)) et surtout des supers contacts venus nous voir, parmi les acteurs de l’écosystème IOT les plus innovants.

Soirées chez l’Ambassadeur et au château

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…histoire de remercier les organisateurs et de poursuivre les discussions de partenariats.

La France ce soir-là a battu l’Allemagne 2-0, c’était le soir de Griezmann, cela nous a permis de fêter cela dans le centre ville.

Ensuite, il nous a fallu quitter Bratislava pour un retour vers Vienne en bus et Genève en avion, avec de nouvelles perspectives sur l’avenir de l’Europe, plein d’idées et de projets collaboratifs à concrétiser.