L’industrie du MICE (Meetings, Incentives, Conferences, Exhibitions) opère une transformation profonde. Face aux exigences réglementaires de plus en plus strictes sur le reporting RSE et à la prise de conscience globale, l’achat responsable n’est plus une simple option « éthique », mais un impératif stratégique. Pour les organisateurs d’événements, structurer une politique d’achats durables nécessite d’évaluer chaque maillon de la chaîne de valeur selon des critères rigoureux, alliant impact environnemental, ancrage local et viabilité économique.
Voici la grille d’analyse et les critères fondamentaux à intégrer lors de vos prochains appels d’offres, segment par segment.
1. Le choix de la destination : L’infrastructure et l’accessibilité
Le choix du pays ou de la ville d’accueil dicte une part majeure du bilan carbone global de l’événement, principalement via le transport des participants.
- Accessibilité bas-carbone : Priorité aux destinations connectées par des réseaux ferroviaires à grande vitesse ou disposant de hubs de transports en commun fluides, évitant ainsi le recours aux vols intérieurs ou aux transferts en navettes thermiques individuelles.
- Mobilité douce locale : Disponibilité de réseaux urbains performants (tramways, bus électriques, vélos en libre-service) et gratuité éventuelle des transports publics pour les congressistes (comme le modèle de gratuité des transports à Genève ou dans d’autres métropoles suisses).
- Gouvernance et éco-labels de destination : Choix de villes ou de régions engagées dans des certifications globales reconnues, telles que le standard international GDS-Index (Global Destination Sustainability Index) ou certifiées ISO 20121 à l’échelle de leur office de tourisme.
2. L’hôtel et les lieux événementiels : Performance et certifications
Les centres de congrès, parcs d’expositions et parcs hôteliers doivent prouver leur excellence opérationnelle en matière de gestion des ressources.
| Type d’évaluation | Labels et critères à exiger |
|---|---|
| Certifications Bâtiment | Normes HQE, BREEAM, ou LEED |
| Gestion Hôtelière & Événementielle | Écolabel Européen, Green Globe, Green Key (Clef Verte) ou ISO 20121 |
| Ressources & Énergie | Énergies 100% renouvelables, éclairage LED, mousseurs d’eau et régulation thermique intelligente |
| Économie Circulaire | Tri à la source, compostage des biodéchets et zéro bouteille plastique en salle |
3. Les restaurants et traiteurs : Alimentation durable et anti-gaspillage
La restauration est souvent le poste le plus attendu par les participants, mais aussi l’un des plus sensibles en termes d’impact environnemental et de gaspillage.
- Sourcing local et de saison : Priorité aux circuits courts (filières d’approvisionnement dans un rayon de moins de 100 à 150 km) et aux produits labellisés (Bio, MSC pour la pêche durable, commerce équitable pour le café et le thé).
- Équilibre des menus (Végétal-forward) : Intégration systématique d’options végétariennes ou végétaliennes savoureuses en tant que choix principaux, réduisant ainsi la part de protéines animales à forte empreinte carbone.
- Plan de lutte contre le gaspillage alimentaire :
- Ajustement précis des quantités grâce à des systèmes de pré-enregistrement des choix des participants.
- Partenariats formalisés en amont avec des associations locales pour le don des surplus alimentaires (dans le respect des normes d’hygiène strictes).
- Bannissement total de la vaisselle jetable non compostable.
4. Les croisières et options fluviales : Transition et biodiversité
L’organisation de séminaires ou d’incentives à bord de navires (maritimes ou parentat-fluviaux) impose des critères de sélection extrêmement vigilants en raison de la sensibilité des écosystèmes aquatiques.
- Propulsion et technologies propres : Privilégier les flottes récentes équipées de motorisations hybrides, de systèmes de propulsion au GNL (Gaz Naturel Liquéfié) ou préparées aux carburants de synthèse, ainsi que la capacité de raccordement électrique à quai pour couper les moteurs thermiques lors des escales.
- Gestion stricte des rejets : Présence de systèmes avancés de traitement des eaux usées (AWTS) à bord, interdiction absolue de rejets non traités et politiques strictes de traitement des eaux de ballast pour éviter la prolifération d’espèces invasives.
- Respect des communautés locales : Choix de compagnies de croisière qui collaborent activement avec les ports d’accueil pour réguler les flux de passagers, évitant le surtourisme, et qui favorisent l’économie locale lors des excursions à terre.
Synthèse : Comment industrialiser vos critères d’achat ?
Pour passer de la théorie à la pratique et intégrer durablement ces réflexions dans vos processus d’entreprise, voici les trois étapes clés :
1 – Pondérer les appels d’offres : Étape 1
Attribuer une note minimale obligatoire (par exemple, 15% à 25% de la note globale) aux critères de durabilité et RSE lors des évaluations de vos prestataires.
2 – Rédiger des clauses contractuelles vertes : Étape 2.
Intégrer des indicateurs de performance (KPI) environnementaux directement dans les contrats (reporting obligatoire sur les volumes de déchets générés, le taux de sourcing local, etc.).
3 – Exiger la transparence des données : Étape 3.
Privilégier la co-construction avec les partenaires. Un bon fournisseur responsable doit être capable de vous fournir des données claires et vérifiables pour alimenter votre propre bilan carbone événementiel.
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