Chômage des jeunes : pourquoi nous sommes dans une impasse, et comment les emplois verts et bleus peuvent en sortir

Young person with bicycle looking at a phone under street signs for city center industrial district and renewable energy sector

Le chômage des jeunes n’est pas seulement un indicateur social. C’est le symptôme d’un désalignement profond entre un marché du travail en transformation rapide et une génération qui peine à en comprendre les codes, les attentes et les promesses.

Dans l’OCDE, le chômage des 15-24 ans reste structurellement supérieur à celui des adultes, et en Europe, le taux de chômage des jeunes demeure durablement élevé, autour de 14,7% fin 2025 dans l’UE.

Pourquoi cette situation persiste-t-elle ?

Parce que trois transformations majeures ont bouleversé l’entrée dans la vie active.

D’abord, la révolution technologique. L’intelligence artificielle, l’automatisation et la digitalisation accélèrent la recomposition des métiers plus vite que les systèmes éducatifs ne s’adaptent. Le World Economic Forum souligne que les compétences demandées évoluent rapidement, avec une montée de l’importance de l’adaptabilité, de la pensée analytique et de l’apprentissage continu.

Ensuite, la fragmentation des parcours. Le modèle linéaire “études, emploi stable, progression continue” laisse place à des trajectoires discontinues, faites de stages, de missions, de reconversions et de transitions multiples. Pour les jeunes, cela signifie moins de lisibilité, plus d’incertitude, et souvent une difficulté à transformer un diplôme en expérience concrète.

Enfin, la hausse des exigences à l’entrée. Les entreprises recherchent des profils immédiatement opérationnels, polyvalents, autonomes et déjà familiers des outils, des codes et des rythmes du monde professionnel. Cela crée un paradoxe bien connu : pour obtenir un premier emploi, il faut souvent déjà avoir une première expérience.

À cela s’ajoute une dimension plus profonde : une crise de projection. Les jeunes générations ne cherchent pas seulement un salaire ; elles cherchent du sens, de l’utilité et une cohérence avec leurs valeurs. Deloitte montre que les Gen Z et les millennials accordent une importance croissante au bien-être, à l’impact et à l’alignement entre travail et convictions personnelles.

L’entrepreneuriat, dans ce contexte, apparaît parfois comme une issue logique. Mais il est aussi vécu comme un saut dans l’inconnu. Complexité administrative, difficulté d’accès au financement, pression sociale, peur de l’échec et saturation informationnelle freinent le passage à l’action. Les travaux sur l’entrepreneuriat des jeunes rappellent que l’envie ne suffit pas : sans accompagnement, sans accès aux ressources et sans environnement lisible, l’intention reste souvent au stade d’idée.

C’est là que nous entrons dans une impasse.

Nous sommes dans une impasse parce que les réponses traditionnelles ne suffisent plus. Les secteurs qui recrutaient historiquement des jeunes sont moins accessibles, plus précaires ou plus automatisés. Les métiers émergents sont plus qualifiés, plus techniques et plus rapides à apprendre que jamais. Et le récit dominant autour du futur du travail reste trop abstrait pour inspirer réellement une génération qui a besoin de perspectives concrètes.

Or, sortir de cette impasse suppose de relier insertion des jeunes et transformation productive. C’est précisément là que les emplois verts et les emplois bleus deviennent une clé stratégique.

Les emplois verts répondent à des besoins réels et durables : rénovation énergétique, efficacité énergétique, mobilité propre, agriculture durable, économie circulaire, gestion des déchets, transition industrielle. Ils sont souvent non délocalisables, ancrés dans les territoires, et capables d’absorber une grande diversité de profils, du terrain à la coordination. Des travaux récents soulignent d’ailleurs que l’économie verte peut générer massivement des opportunités d’emploi pour les jeunes d’ici 2030.

Les emplois bleus sont tout aussi décisifs. Ils concernent l’eau, le maritime, les ports, l’assainissement, l’aquaculture, les infrastructures hydrauliques et la gestion des ressources aquatiques. Dans un monde marqué par le stress hydrique, les risques climatiques et la pression sur les infrastructures, ces métiers ne relèvent pas d’un futur lointain : ils sont déjà indispensables à la continuité économique et sociale. La recherche sur l’économie bleue montre qu’elle peut soutenir à la fois la résilience, la transformation économique et l’emploi des jeunes.

L’enjeu n’est donc pas seulement de “créer des emplois”. Il s’agit de créer des emplois utiles, qualifiants, localisés et porteurs de sens. Les emplois verts et bleus offrent exactement cela : une réponse à la fois économique, sociale et écologique. Ils peuvent redonner une trajectoire à des jeunes qui ne demandent pas seulement un poste, mais une direction.

Au fond, le chômage des jeunes pose une question beaucoup plus large que celle du marché de l’emploi.

Sommes-nous capables de construire une économie qui rende l’avenir lisible, désirable et accessible ?

Si la réponse est oui, alors la transition écologique ne sera pas seulement un impératif environnemental. Elle deviendra aussi une politique majeure d’insertion et de dignité pour une génération entière.


“Les emplois verts et bleus ne sont pas seulement des secteurs d’avenir. Ils sont une sortie de crise pour la jeunesse, l’économie et le climat.”

A notre humble niveau, nous proposons aux jeunes diplômés qui ont envie d’entreprendre plutôt que de se perdre dans la jungle de l’envoi de CV, une autre route, une autre option, celle de l’autonomisation économique en comprenant comment obtenir son propre financement et en réalisant la nature compétitive actuelle des dispositifs de financement.

Nous le faisons à travers un projet qui porte le nom de code de Ponts Verts, pour leur créer des passerelles vers l’autonomisation économique et l’entrepreneuriat porteur de sens (vers les économies circulaires, régénératives, symbiotiques, autrement dit bleue et verte).

Tous les détails se trouvent sur le site de Syntezia Sàrl Ponts verts – syntezia® sàrl

Je serai cet après midi au forum économique de Meyrin pour en discuter.

Innover pour un multilatéralisme florissant à Genève

Face au déclin du multilatéralisme et aux récentes actions des États-Unis sous l’administration Trump, qui ont fortement impacté les organisations internationales basées à Genève, il est crucial d’envisager de nouvelles perspectives pour que Genève maintienne sa position de pôle multilatéral.

La « Cité de Calvin » possède des atouts indéniables, mais doit s’adapter à un paysage géopolitique en mutation.


Défendre et valoriser les atouts intrinsèques de Genève

Genève bénéficie d’une concentration unique d’organisations internationales, de la neutralité suisse, et d’une taille humaine qui facilite les interactions. Ces éléments sont essentiels à préserver et à promouvoir activement.

  • Mettre en avant la « diplomatie de proximité »: Souligner l’avantage que représente la concentration des acteurs à Genève, permettant des rencontres informelles et des négociations facilitées. Il faut insister sur le fait que la proximité physique des décideurs et négociateurs est un catalyseur irremplaçable pour la résolution de problèmes mondiaux complexes.
  • Renforcer le statut de la Suisse comme pays hôte neutre: La neutralité de la Suisse est un atout majeur, offrant un espace de dialogue impartial. Genève doit capitaliser sur cette image pour attirer de nouvelles initiatives ou consolider celles existantes, notamment en médiation et arbitrage.
  • Promouvoir l’expertise locale: Genève abrite une richesse d’experts et de savoir-faire dans des domaines variés (santé, droits de l’homme, commerce, environnement, migration). Il est crucial de valoriser cette expertise, notamment celle de l’Université de Genève et des instituts de recherche, pour positionner Genève comme un centre d’excellence intellectuelle au service du multilatéralisme.

Diversifier les partenariats et les sources de financement

Avec le retrait progressif de certains contributeurs majeurs, notamment les États-Unis, Genève doit activement chercher à diversifier ses appuis et ses financements.

  • Engager davantage les puissances émergentes: La Chine se positionne comme un défenseur du multilatéralisme et est à l’origine de nouvelles initiatives comme l’Organisation internationale des médiations (OIM) et la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII). Genève devrait explorer les opportunités de collaboration avec ces nouveaux acteurs, tout en restant vigilante sur les principes fondamentaux du droit international. Cela pourrait inclure l’établissement de partenariats sur des thématiques spécifiques où les intérêts convergent.
  • Renforcer la collaboration européenne: Les pays européens sont « tétanisés » mais restent des acteurs clés. Genève doit consolider ses liens avec l’Union Européenne et ses États membres pour obtenir un soutien politique et financier accru, et pour élaborer une stratégie européenne commune de défense du multilatéralisme.
  • Développer les partenariats public-privé et philanthropiques: Face à la crise budgétaire des organisations, la recherche de financements alternatifs auprès de fondations, d’entreprises socialement responsables et de donateurs privés est essentielle. Genève peut se positionner comme un hub pour la philanthropie internationale orientée vers les défis mondiaux.

Innover et adapter le modèle multilatéral

Le multilatéralisme tel qu’il existe est jugé « dysfonctionnel ». Genève doit être un laboratoire d’idées pour sa réinvention.

  • Devenir un centre d’expérimentation pour de nouvelles formes de gouvernance globale: Si le multilatéralisme traditionnel est en déclin, Genève peut proposer des modèles alternatifs ou complémentaires. Cela pourrait inclaire des initiatives de « multilatéralisme à la carte » où les coalitions d’acteurs (États, villes, société civile, entreprises) se forment autour de défis spécifiques, en dehors des cadres institutionnels rigides.
  • Miser sur la médiation et la diplomatie préventive: Face à l’échec du règlement des conflits par des approches purement juridiques (OMC) ou des interventions armées, Genève, avec son expertise en médiation et bons offices, peut se positionner comme le centre mondial de la diplomatie préventive et de la résolution pacifique des différends, en valorisant des approches basées sur le dialogue et la recherche de consensus, comme le propose la Chine.
  • Investir dans la digitalisation du multilatéralisme: Bien que les interactions physiques soient irremplaçables, les outils numériques peuvent compléter et soutenir le travail multilatéral, notamment en période de contraintes budgétaires ou de restrictions de déplacement. Genève pourrait développer des plateformes innovantes pour la collaboration à distance, l’échange d’informations et la prise de décision.
  • Focaliser sur des domaines thématiques où Genève excelle: Plutôt que de tenter de tout conserver, Genève pourrait concentrer ses efforts et ses ressources sur les domaines où elle a une expertise et une reconnaissance mondiales, tels que la santé mondiale, le travail, le commerce, l’environnement, les droits de l’homme, le droit humanitaire, les migrations et le désarmement. Cela permettrait de renforcer sa position sur ces piliers essentiels.

En adoptant une approche proactive, diversifiée et innovante, Genève peut non seulement faire face à la crise actuelle du multilatéralisme, mais aussi en émerger renforcée en tant que centre vital pour la gouvernance mondiale de demain.

Quelles pistes vous semblent les plus prometteuses pour Genève dans ce contexte ?