Je suis rose, parfois violette, et je tapisse les fonds marins clairs.
On me confond souvent avec du corail, mais je suis en réalité une algue rouge calcifiée.
Je pousse si lentement que quelques millimètres peuvent demander des années.
Dans mes “petits cailloux” vivants, se cachent des centaines d’espèces animales et végétales.
Crustacés, mollusques, poissons juvéniles y trouvent un abri, une nurserie et de quoi se nourrir.
Je forme ainsi de véritables jardins sous-marins, parmi les habitats les plus riches de nos côtes.
Je filtre et oxygène l’eau, j’abrite la biodiversité, et je piège du carbone au fond des mers.
On m’a longtemps dragué pour fertiliser les champs, comme un engrais naturel riche en calcaire.
Mais mon extrême lenteur de croissance fait que ce que l’on détruit en quelques heures mettra des siècles à se reformer.
Pollution, dragage, réchauffement des océans fragilisent ces bancs que l’on commence tout juste à protéger.
Pourtant, préserver ces “graviers vivants”, c’est protéger des milliers d’êtres marins et un précieux réservoir de carbone bleu.
Qui suis-je ???

Révélation : le Maërl
Le Maërl est le nom donné à certains assemblages d’algues rouges calcaires qui ressemblent à des petits cailloux ou du corail brisé, mais qui sont bien vivants quand ils sont encore colorés. Ces algues, comme Phymatolithon calcareum ou Lithothamnion corallioides, forment au fil du temps des “banquettes” que l’on appelle des bancs de Maërl.
Ces bancs créent un habitat très particulier : un fond meuble, aéré, avec de nombreux interstices où peuvent se cacher et se fixer d’autres organismes. C’est cette structure en “gravier vivant” qui en fait un hotspot de biodiversité marine.
Pourquoi le Maërl est-il si important ?
- Il abrite une biodiversité exceptionnelle : on y a recensé des centaines d’espèces d’algues, d’invertébrés (vers, mollusques, crustacés) et de petits poissons.
- Il sert de nurserie pour des espèces commerciales comme certains poissons et coquillages, par exemple les coquilles Saint-Jacques.
- Il participe au “carbone bleu” : son squelette en carbonate de calcium et la matière organique qu’il emprisonne en font un milieu capable de stocker du carbone sur des durées très longues.
- Il contribue à la qualité de l’eau et au bon fonctionnement des écosystèmes côtiers en offrant refuges, zones de chasse et supports de fixation.
En résumé, un banc de Maërl, c’est un peu l’équivalent d’une ville sous-marine pour une multitude d’espèces, avec ses abris, ses “immeubles”, ses cours intérieures et ses réserves de nourriture.
Un trésor fragile à protéger
Le problème, c’est que le Maërl est extrêmement lent à se développer : on parle de croissances de l’ordre du millimètre par an ou moins, et de centaines d’années pour former un véritable banc.
Quand on le détruit par dragage, par extraction de granulats ou en détruisant son habitat, on efface donc en très peu de temps un patrimoine biologique qui s’est construit sur des siècles.
Aujourd’hui, plusieurs pays côtiers limitent ou interdisent sa récolte, et certains bancs de Maërl sont intégrés à des aires marines protégées.
Renforcer ces mesures, réduire la pollution et le dérangement des fonds marins permettrait de donner une chance à ces “jardins calcaires” de se maintenir et de continuer à jouer leur rôle dans l’équilibre de l’océan.
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