Analyse des Conséquences de l’Accord Mercosur : Gagnants et Perdants

L’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay, Bolivie) est souvent résumé de manière caricaturale par la formule « des voitures contre du bœuf ». La réalité est plus nuancée, avec des gagnants et des perdants clairement identifiés selon les secteurs.

Voici une analyse détaillée des risques et opportunités pour l’Europe et spécifiquement pour la France.

1. Agriculture et Agroalimentaire : Le point de friction majeur

C’est le secteur où les intérêts français et ceux d’autres pays européens (comme l’Allemagne) divergent le plus.

⚠️ Les Risques

  • La filière élevage (Bœuf et Volaille) : C’est la ligne rouge pour la France. Les éleveurs craignent l’arrivée de quotas importants de viande bovine (99 000 tonnes à droits de douane réduits) et de volaille (180 000 tonnes) à des prix imbattables (coûts de production beaucoup plus bas au Brésil).
  • Concurrence déloyale (Dumping normatif) : Le risque principal est l’importation de produits ne respectant pas les mêmes normes (interdiction de certains antibiotiques activateurs de croissance, bien-être animal, traçabilité) que celles imposées aux agriculteurs européens.
  • Sucre et Éthanol : Les producteurs de betteraves (importants en France) redoutent la concurrence du sucre de canne brésilien et de l’éthanol à bas coût.

✅ Les Opportunités

  • Vins et Spiritueux (Un atout français) : C’est le grand gagnant potentiel. L’accord supprimerait les droits de douane (actuellement très élevés) sur le champagne, le cognac et les vins. Le marché sud-américain est très demandeur de ces produits de luxe.
  • Produits laitiers et Fromages : L’accord reconnaitrait et protégerait des centaines d’Indications Géographiques (IG) européennes (ex: Comté, Roquefort). Cela empêcherait les producteurs locaux de vendre des imitations sous ces noms.
  • Produits transformés : L’industrie agroalimentaire (chocolat, confiserie, épicerie fine) bénéficierait d’un accès facilité à un marché de plus de 270 millions de consommateurs.

2. Industrie et Automobile : L’offensive européenne

Si l’agriculture est le bouclier de la France, l’industrie est le fer de lance de l’Allemagne dans cet accord.

✅ Les Opportunités

  • Exportations industrielles : Suppression progressive des droits de douane pour les voitures (actuellement taxées à 35 %), les machines-outils, la chimie et la pharmacie. Pour l’Allemagne, c’est une aubaine ; pour la France, cela profite à nos grands groupes (pharmaceutique, aéronautique).
  • Accès aux matières premières stratégiques : Le Mercosur est riche en minerais critiques (lithium, cuivre, fer) indispensables pour la transition énergétique (batteries électriques). L’accord permettrait de sécuriser ces approvisionnements face à la Chine.

⚠️ Les Risques

  • Désindustrialisation locale : Bien que l’Europe soit globalement offensive, certains sous-secteurs industriels moins compétitifs pourraient souffrir, bien que ce risque soit jugé mineur comparé au risque agricole.

3. Services et Marchés Publics : Le gain méconnu

C’est un volet souvent oublié mais très profitable pour les entreprises européennes.

✅ Les Opportunités

  • Accès aux marchés publics : Les entreprises européennes (BTP, eau, énergie, transports) pourraient enfin répondre aux appels d’offres gouvernementaux au Brésil ou en Argentine sur un pied d’égalité avec les entreprises locales. La France, avec ses champions (Veolia, Alstom, Bouygues), est très bien positionnée ici.
  • Services : Libéralisation des secteurs des télécoms, de la finance et du transport maritime.

4. Environnement et Santé : Le sujet explosif

C’est sur ce terrain que l’opinion publique et les ONG (Greenpeace, Foodwatch) attaquent le plus l’accord.

⚠️ Les Risques

  • Déforestation importée : La crainte est que l’ouverture du marché européen au bœuf et au soja encourage la déforestation de l’Amazonie pour gagner des terres agricoles.
  • Risques sanitaires : Le Brésil autorise de nombreux pesticides interdits en Europe. Bien que l’UE affirme que les produits importés devront respecter les seuils de sécurité, les moyens de contrôle aux frontières sont jugés insuffisants par les critiques.

✅ Les Opportunités (L’argument de la Commission)

  • Levier d’influence : Les partisans de l’accord (Commission européenne, Allemagne, Espagne) arguent qu’il vaut mieux un accord avec des clauses environnementales contraignantes (respect de l’Accord de Paris) que pas d’accord du tout, ce qui laisserait le Mercosur se tourner vers la Chine sans aucune exigence écologique.

Synthèse : Pourquoi la France dit « Non » ?

Gagnants Potentiels 🟢Perdants Potentiels 🔴
Industrie automobile (Allemagne)Éleveurs bovins et avicoles (France, Irlande)
Luxe, Vins & Spiritueux (France)Betteraviers (Sucre)
Grands groupes de services/BTPBiodiversité (Risque Amazonie)
Pharmacie & ChimieConsommateurs (Doute sanitaire)

Le bilan pour la France : Économiquement, la France a des intérêts offensifs (luxe, services, industrie), mais le coût politique et social d’une déstabilisation de son agriculture (déjà en crise) est jugé inacceptable par le gouvernement, soutenu par une opinion publique très sensible aux enjeux écologiques.

Amitié et modèle durable de coopération Suisse-Union Européene

Bilatérales III : Coopérer pour la prospérité, éviter l’érosion

Genève, le 15 juillet 2025 – La Suisse se trouve à un moment charnière dans ses relations avec l’Union européenne (UE). Alors que le Conseil fédéral a récemment ouvert la consultation sur les Bilatérales III, un consensus croissant se manifeste dans le monde économique : la stabilisation et le renforcement des liens avec Bruxelles sont non seulement souhaitables, mais absolument nécessaires. Le coût de ne rien faire serait bien trop élevé, et il n’existe aucune alternative crédible au modèle bilatéral actuel.


Un soutien économique majeur et des bénéfices concrets

Malgré le volume conséquent des documents soumis à consultation, l’essentiel des Bilatérales III est déjà clair et bénéficie d’un large soutien de la part des entreprises suisses.

Bien que quelques désaccords isolés aient pu être exprimés, la grande majorité des acteurs économiques appuie fermement ces accords.

Début juin, de nombreux entrepreneurs issus de toutes les régions du pays se sont rassemblés à Berne pour exprimer leur adhésion et souligner l’importance capitale de ce paquet d’accords.

À Genève, les avantages tangibles des accords bilatéraux sont particulièrement évidents. Une enquête conjoncturelle menée à l’automne 2024 a révélé que plus de 40% des entreprises genevoises voient leur chiffre d’affaires directement lié à leur partenariat avec l’UE.

De plus, plus de trois quarts d’entre elles considèrent la libre circulation des personnes comme essentielle à leurs activités.

Même les entreprises qui ne se sentent pas directement concernées reconnaissent l’impact positif global des Bilatérales III sur le dynamisme économique du pays, deux tiers d’entre elles estimant qu’elles auront un effet bénéfique.


Le prix de l’inaction : l’érosion des acquis

L’interruption des négociations en 2021 a déjà eu des répercussions concrètes, notamment pour Genève. Dans des secteurs comme la protection des données et les dispositifs médicaux, plusieurs entreprises ont été contraintes de déplacer une partie de leurs opérations vers des pays voisins afin de conserver leur accès au marché européen.

Cette tendance pourrait s’accentuer si les relations entre la Suisse et l’UE ne sont pas stabilisées.

Cette situation est d’ailleurs préjudiciable aux deux parties. Sur les 5000 entreprises européennes qui exportaient des dispositifs médicaux vers la Suisse, 1200 ont cessé leurs exportations en raison de nouvelles barrières.

Il est donc urgent de rétablir un partenariat réellement « gagnant-gagnant », car le statu quo actuel, caractérisé par une érosion progressive des accords bilatéraux, n’est plus viable pour nos entreprises.


Convaincre la population : préserver une voie sur mesure

Si le monde économique est déjà convaincu de la nécessité des Bilatérales III, le principal défi est désormais de persuader la population suisse.

Les sondages récents indiquent que les milieux économiques et politiques devront intensifier leurs efforts pour sensibiliser le public et expliquer l’importance de ce paquet négocié pour l’avenir du pays.

Depuis vingt-cinq ans, la Suisse bénéficie des accords bilatéraux, ce qui a pu créer l’impression que leurs avantages sont acquis.

Or, ces accords ne reposent aujourd’hui sur aucune base juridique stable. Il est donc impératif d’ancrer solidement la voie bilatérale comme modèle durable de coopération avec l’UE.

Il est également crucial de souligner qu’il n’existe pas d’alternative crédible à ce modèle, conçu spécifiquement pour la Suisse.

Ce cadre permet un accès significatif au marché européen tout en préservant la souveraineté du pays.

La démocratie directe suisse restera intacte : le peuple conservera la possibilité de s’opposer à une reprise du droit européen par le biais d’un référendum.

Un rapprochement avec l’UE ne signifie donc en aucun cas une perte d’autonomie.


Stabilité, compétitivité et avenir : l’impératif des Bilatérales III

Dans un contexte géopolitique de plus en plus incertain et fragmenté, l’UE demeure le partenaire le plus sûr et le plus stable de la Suisse.

Cet accord est clairement dans l’intérêt de la Suisse. Espérons que la Suisse saura saisir l’opportunité que représentent les Bilatérales III pour préserver les acquis, garantir la stabilité et assurer la compétitivité de l’économie.

Le risque d’un saut dans l’inconnu, dont les conséquences du Brexit sont une illustration éloquente, est bien trop élevé.

Il est temps de soutenir les Bilatérales III